Congrès GSO au Luxembourg met en lumière diverses facettes du cancer gynécologique

février 2026 Actualités Willem van Altena

Le congrès annuel du Groupe Soignant en Oncologie (GSO) au Luxembourg était cette année entièrement dédié aux cancers gynécologiques. Voici de courtes synthèses des présentations tenues.

1: Castor Aguilera, Directeur des Soins, Croix-Rouge luxemburgeoise : 30 ans de la GSO

Le conférencier retrace les trente années d’histoire du Groupe Soignant en Oncologie (GSO) et explique comment cette initiative est née d’un petit groupe pionnier d’infirmiers et de partenaires, à une époque où l’oncologie était en plein essor. Il/elle souligne que le GSO, démarré avec un seul congrès annuel, est devenu une association reconnue, désormais structurée en asbl, disposant d’un large réseau au Luxembourg, en Belgique et en France, rassemblant hôpitaux, soins à domicile et structures de soins résidentiels. Au fil de ces trois décennies, le GSO a réalisé des avancées majeures en matière de formation, de partage de connaissances, de collaboration multidisciplinaire et de mise en œuvre de nouvelles techniques chirurgicales et thérapeutiques, avec un accent particulier sur la qualité de vie. Le conférencier insiste sur le fait que tous les intervenants sont bénévoles, que les ressources financières sont entièrement réinvesties dans des activités destinées aux patients et que la mission centrale demeure de placer le patient au cœur de la démarche, en offrant des soins à la fois scientifiquement fondés, empathiques et personnalisés. Enfin, les pionniers, l’équipe organisationnelle actuelle ainsi que les partenaires institutionnels et privés sont chaleureusement remerciés, avec un appel à profiter de cette journée jubilaire pour apprendre, échanger et jeter les bases de soins encore plus humains et innovants pour les trente années à venir.

2: Jérôme Weiss, PhD, Service épidémiologie et statistique : Couverture vaccinale contre le HPV : que nous révèle l’enquête 2024 ?

Le biostatisticien et directeur de la santé présente une enquête nationale menée en 2024 sur la couverture vaccinale contre le HPV chez les jeunes résidents luxembourgeois de 9 à 20 ans, dans un contexte où le HPV, virus sexuellement transmissible, est responsable de plusieurs cancers et où la vaccination est recommandée pour les filles et les garçons de 9 à 14 ans, avec rattrapage jusqu’à 20 ans. L’étude, réalisée par recensement (85 450 jeunes invités, environ 12 000 réponses), estime que 58% ont reçu au moins une dose et 50% un schéma complet, avec une couverture nettement meilleure chez les filles et un pic de 80–85% de schéma complet entre 14 et 17 ans, tandis que la couverture chute chez les garçons après 17 ans. Par rapport à 2016, la couverture des filles de 15 ans est passée de 53% à 82%, et 61% des non‑vaccinés déclarent l’intention de se faire vacciner, ce qui justifie de renforcer la sensibilisation, notamment chez les garçons et les plus âgés, et de s’appuyer à l’avenir sur le carnet de vaccination électronique pour un suivi plus fin.

3: Dr Marc Fischer, Cytologie gynécologique, LNS : Évolution de la cytologie gynécologique : vers un diagnostic plus précis

Le dr. Fischer dresse un état des lieux du dépistage du cancer du col utérin, pathologie quasi exclusivement liée à une infection persistante par un HPV à haut risque, notamment les types 16 et 18 parmi 14 génotypes oncogènes. Il rappelle que l’infection HPV, très fréquente et le plus souvent transitoire, ne conduit au cancer qu’en cas de persistance prolongée, avec une carcinogenèse s’étendant sur plusieurs années et pouvant également toucher d’autres sites anogénitaux ou, plus rarement, oropharyngés et œsophagiens. La vaccination prophylactique par Gardasil 9, idéalement avant le début de la vie sexuelle, et l’adhésion aux programmes de dépistage restent les piliers de la prévention. Trois stratégies sont détaillées : cytologie cervico‑vaginale avec test HPV réflexe, test HPV primaire avec cytologie réflexe et cotesting simultané, ce dernier permettant d’optimiser la sensibilité et la spécificité du dépistage, notamment via l’utilisation de tests ARN ciblant les transcrits E6/E7 des génotypes à haut risque.

4: Nina Tschuem, épidémiologiste junior au sein de l’équipe Épidémiologie et prévention des cancers du Luxembourg Institute of Health :  Analyse et perspectives

La communication présente l’épidémiologie des cancers gynécologiques au Luxembourg à partir des données du Registre national du cancer, opérationnel depuis 2013. Elle rappelle la définition de l’épidémiologie des cancers (incidence, prévalence, mortalité) et son rôle pour quantifier le fardeau, identifier les facteurs de risque et orienter prévention et dépistage. Les cancers gynécologiques étudiés sont ceux du corps et du col de l’utérus, de l’ovaire, de la vulve et du vagin. Au Luxembourg, parmi les tumeurs solides féminines, le cancer du corps utérin présente l’incidence la plus élevée, tandis que le cancer de l’ovaire concentre la mortalité la plus importante. Le col utérin bénéficie d’un dépistage opportuniste efficace (test HPV/cytologie, vaccination), permettant une détection majoritairement précoce. Vulve et vagin restent rares. Le RNC vise à améliorer en continu la qualité des données (exhaustivité, comparabilité, validité, délai) pour soutenir la recherche, le suivi des stades au diagnostic et l’évaluation de la qualité des soins.

5: Dr Marc Stieber, Gynécologie-obstétrique, Hôpitaux Robert Schuman : Gestion des dysplasies et prise en charge chirurgicale des cancers gynécologiques

La présentation du Dr Stieber aborde la prise en charge chirurgicale des cancers gynécologiques en insistant sur la désescalade et la conservation fonctionnelle. Les lésions précancéreuses vulvaires et cervicales sont d’abord caractérisées par biopsie, avec recours à des traitements topiques ou au laser pour les formes de bas grade, et exérèse chirurgicale ou conisation avec curetage endocervical pour les CIN2/3 afin d’assurer un diagnostic histologique complet et des marges saines. Pour le cancer de la vulve, la stratégie a évolué des résections « en papillon » avec curage inguino‑fémoral bilatéral vers des exérèses limitées avec marge de 3 mm et technique du ganglion sentinelle, réduisant morbidité, lymphœdème et troubles de cicatrisation. De manière transversale (vulve, col, endomètre, ovaire), la conférence met l’accent sur l’utilisation de la laparoscopie, des biopsies du ganglion sentinelle, de la stratification du risque (histologie, imagerie, profil moléculaire), des options de préservation de la fertilité et d’une réhabilitation postopératoire multidisciplinaire pour optimiser qualité de vie.

6: Dr Camilla Flores Torres, Médecin en voie de spécialisation en hématologie, CHL : Nouveauté dans les traitements du cancer de l’ovaire, du col de l’utérus et de l’endomètre

Dr Camila Flores Torres expose les avancées thérapeutiques récentes dans les tumeurs gynécologiques selon les recommandations ESMO. Pour le cancer du col utérin (4e cancer féminin mondial, lié au HPV), la chimioradiothérapie reste standard aux stades avancés ; INTERLACE valide la chimiothérapie néoadjuvante dense préalable. L’immunothérapie transforme la première ligne métastatique : KEYNOTE-826 démontre un bénéfice en survie globale (HR 0,77) avec pembrolizumab + chimiothérapie ± bevacizumab chez CPS ≥1 ; perspectives avec ADC comme tisotumab vedotin (INNOVA-TV 301). Chez l’ovaire épithélial de haut grade, chirurgie cytoréductive complète est prioritaire, suivie de carboplatine-paclitaxel ± bevacizumab maintenance (GOG-218, ICON-7) ; inhibiteurs PARP (olaparib SOLO1/PAOLA-1, niraparib PRIMA) prolongent la survie sans progression en maintenance post-platine, particulièrement en HRD+. Pour l’endomètre, la classification moléculaire (POLE, dMMR/MSI-H, p53mut, NSMP) guide l’adjuvant (FIGO 2023) ; immunothérapie (dostarlimab RUBY, pembrolizumab NRG-GY018) + chimiothérapie en première ligne avancée chez dMMR offre gains majeurs en PFS/OS.

7: Dr Guido Giacalone, Chirurgien, Lymfecentrum, Leuven : Prise en charge des lymphodèmes suite à un cancer gynécologique par microchirurgie

Guido Giacalone, chirurgien vasculaire italo-belge spécialisé depuis vingt ans en microchirurgie lymphatique, expose la prise en charge multidisciplinaire du lymphœdème secondaire (incidence 20-40% après curage ganglionnaire et/ou radiothérapie). Pathophysiologie : sclérose progressive des vaisseaux lymphatiques jusqu’à oblitération complète, associée à des altérations irréversibles des tissus interstitiels. Diagnostic précoce essentiel : volumétrie (pyramètre), bioimpédancemétrie (stades infracliniques), lymphoscintigraphie SPECT-CT (3D), lymphofluoroscopie ICG (dynamique), échographie 22 MHz visualisant les lymphatiques < 0,3 mm. Thérapeutique conservatrice (consensus International Society of Lymphology) : compression sur mesure, drainage manuel cartographié (pression adaptée, non effleurage). Évaluation à 6 semaines ; passer à imagerie avancée si échec. Chirurgie micro-invasive : anastomoses lympho-veineuses (LVA) sous anesthésie locale, réalisables avant fibrose irréversible. Contrôle peropératoire ICG, réduction volumique immédiate validée par SPECT-CT. Agir précocement pour préserver le système lymphatique et prévenir les infections dévastatrices.

8: Alexandra Hubin, Docteur en psychologie-sexo-clinicienne à UCL Louvain et SexoPositive : Prise en charge de la santé sexuelle des patientes atteintes de cancers gynécologiques

Alexandra Hubin, docteur en psychologie et sexologue clinicienne, souligne l’importance de la santé sexuelle dans la prise en charge globale des cancers gynécologiques, malgré sa rareté dans les symposiums oncologiques. Prévalence élevée des dysfonctions (40-100%), exacerbée par les tabous sur la sexualité (vie, plaisir) versus le cancer (mort, souffrance), et le silence conjugal ou soignant (métaphore de la tasse alourdie). Moins de 20% des cas abordés, faute de formation ou de peur d’intrusion. Recommandations pratiques : aborder systématiquement sans présumer (célibataires, >60 ans inclus), répéter tout au long du parcours (annonce, traitements, suivi), garantir confidentialité (« ça reste ici »), généraliser avant personnaliser (« beaucoup de femmes ressentent… »). Évaluer sa zone de confort : écouter activement, légitimer, informer (sexo-éducation), orienter vers sexologue si détresse. Cas concrets : désir altéré (explorer disponibilité mentale/corporelle/conjugale ; privilégier caresses/intimité émotionnelle) ; douleur (blacklister pratiques douloureuses, lubrifiants/hydratants, stimuler corps entier). La sexualité, composante de la qualité de vie, mérite d’être explorée sans pression pour restaurer épanouissement et connexion.