Recherche de l’Université de Gand sur l’expérience des patients avec et sans LARS après un cancer du rectum

octobre 2025 Actualités Diede Smeets

Après une chirurgie avec préservation du sphincter pour un cancer du rectum, de nombreux patients souffrent de dysfonction intestinale, appelée « low anterior resection syndrome » (LARS). Un LARS sévère peut avoir un impact substantiel sur la qualité de vie, tandis que les patients présentant un LARS léger sont généralement moins gênés par des troubles intestinaux. Des chercheurs en soins infirmiers de l’Université de Gand, de VITAZ Saint-Nicolas et de l’AZ Delta Roulers ont étudié les besoins des patients avec et sans LARS léger après une intervention chirurgicale pour cancer du rectum. Les résultats de cette étude ont récemment été publiés dans la revue scientifique European Journal of Oncology Nursing¹.

Les patients atteints d’un cancer du rectum qui subissent une chirurgie avec préservation du sphincter développent fréquemment des troubles fonctionnels intestinaux imprévus. Ces symptômes sont regroupés sous l’acronyme LARS, un syndrome qui se caractérise par plusieurs symptômes individuels pouvant entraîner divers problèmes intestinaux². Les patients avec un LARS présentent au moins l’un des symptômes suivants :

  • augmentation de la fréquence des selles ;
  • évacuations répétées et douloureuses ;
  • difficulté à vider l’intestin ;
  • incontinence fécale ;
  • sensation d’urgence.

Dans le cadre du LARS, ces symptômes entraînent au moins l’une des conséquences suivantes :

  • dépendance vis-à-vis de la proximité des toilettes ;
  • préoccupation constante par rapport au fonctionnement intestinal ;
  • insatisfaction, stratégies et compromis concernant la fonction intestinale ;
  • impact sur le bien-être mental et émotionnel ;
  • impact sur les relations et l’intimité ;
  • impact sur les rôles sociaux, l’implication et les responsabilités.

Conception de l’étude

Les chercheurs ont élaboré une étude fondée sur l’approche de la théorie ancrée (grounded theory) : une méthode de recherche qualitative permettant de construire une théorie à partir de données collectées et analysées de façon systématique. Des patients adultes ayant survécu à un cancer du rectum, avec ou sans LARS léger, ont été recrutés dans trois grands hôpitaux. Les patients présentant un LARS sévère, un anus artificiel permanent ou ne parlant pas le néerlandais ont été exclus. Les chercheurs ont mené des entretiens semi-structurés avec les participants, puis les données ont été analysées selon la méthode comparative constante et par triangulation.

Résultats

Au total, 14 patients ont été interviewés : 6 sans LARS et 8 avec un LARS léger après une chirurgie avec préservation du sphincter. Tous les participants ont rapporté des symptômes associés au LARS dans les premiers mois suivant l’intervention, atteignant leur qualité de vie. Au fil du temps, ces symptômes devenaient plus gérables, tandis que d’autres effets à long terme du traitement du cancer prenaient de l’importance, par exemple la neuropathie périphérique causée par le traitement néoadjuvant.

Les expériences rapportées par les patients se sont révélées fortement influencées par leur perspective personnelle et leur contexte. Les besoins en information différaient d’un participant à l’autre, certains étant stressés par la quantité d’informations reçues. Toutefois, disposer de ces informations est essentiel pour préparer au mieux l’éventualité de développer un LARS.

Conclusion

Cette étude montre que, tant les patients sans LARS que ceux avec un LARS léger présentent des symptômes globalement gérables après une chirurgie avec préservation du sphincter pour un cancer du rectum. L’information fournie avant l’intervention devrait être ajustée afin de limiter le stress et de correspondre aux différentes stratégies de gestion adoptées par les patients. Les chercheurs soulignent que les prestataires de soins devraient estimer le risque d’un LARS sévère en amont, afin d’intégrer ces informations dans la prise de décision partagée. Pour ce faire, les soignants peuvent notamment recourir à des outils d’aide à la décision spécifiquement conçus pour la chirurgie rectale.

Références

  1. Serroyen F, Van Hecke A, Delforge L, et al. Dynamics in experiences, information and counselling needs of patients without or with minor LARS after rectal cancer surgery. Eur J Oncol Nurs 2025;77:102904.
  2. Keane C, Fearnhead NS, Bordeianou L, et al. International consensus definition of low anterior resection syndrome. Dis Colon Rectum 2020;63:274-84.